Lorsqu’une IA produit une réponse, elle mélange facilement plusieurs régimes de discours. Ce mélange est l’une des sources majeures de dérive interprétative, parce qu’il rend la sortie plus fluide, plus cohérente et plus “complète”, tout en rendant plus difficile la vérification.
Dans un corpus gouverné, distinguer clairement observation, analyse et perspective n’est pas un exercice stylistique. C’est une contrainte de synthèse. Elle réduit l’inférence gratuite et empêche qu’une interprétation prenne la place d’un fait.
Observation : ce qui est constaté
Une observation correspond à un fait constaté, ou à un signal directement observable dans un corpus. Elle doit pouvoir être rattachée à une source explicite, à un extrait, à une donnée ou à une occurrence.
Une observation n’explique pas. Elle décrit. Elle peut être incomplète, mais elle ne doit pas être remplacée par un récit.
Analyse : ce qui est inféré à partir d’observations
Une analyse relie des observations et propose une lecture. Elle introduit une structure, une causalité ou un mécanisme possible. Elle peut être solide, utile, cohérente, mais elle reste un niveau au-dessus du fait.
Le problème apparaît quand l’analyse est formulée comme une observation, ou lorsque le système supprime les marqueurs qui signalent qu’il s’agit d’une inférence.
Perspective : ce qui est projeté au-delà du périmètre
Une perspective est une projection, une hypothèse, une extrapolation. Elle peut être pertinente, mais elle dépend fortement du contexte, des variables et des choix d’interprétation. Elle est le régime le plus risqué lorsqu’il n’existe pas de mécanisme d’arrêt gouverné.
Dans les systèmes IA, la perspective est souvent produite par continuité narrative. Elle donne une direction et réduit l’inconfort de l’incertitude. Mais elle doit être traitée comme telle, sans être convertie en certitude.
Pourquoi les systèmes IA mélangent ces régimes
Ce mélange est fonctionnel : il produit une réponse plus satisfaisante. Une sortie qui contient des faits, des explications et une trajectoire semble plus “complète” qu’une sortie qui s’arrête au constat.
Mais cette complétude est coûteuse. Elle augmente l’inférence et favorise la cristallisation, parce qu’elle rend difficile l’identification de ce qui est vérifiable et de ce qui ne l’est pas.
Le coût principal : l’analyse devient preuve perçue
Lorsque l’analyse n’est pas explicitement distinguée, elle peut devenir un substitut de preuve. La cohérence du mécanisme proposé est alors interprétée comme une validation, alors qu’il s’agit d’une lecture.
Ce glissement est renforcé par la fluidité rédactionnelle. Plus c’est bien formulé, plus cela “sonne vrai”, même si la base observationnelle est faible.
Une contrainte simple qui réduit la dérive
Distinguer clairement ces trois régimes agit comme une friction de vérification. Cela force le système, et le lecteur, à rester conscient du statut de chaque énoncé.
- Observation : ce qui est présent dans le corpus.
- Analyse : ce qui est déduit à partir du corpus.
- Perspective : ce qui est projeté au-delà du corpus.
Cette distinction ne rend pas une réponse parfaite. Elle rend une réponse lisible, audit-able, et donc gouvernable.
Ancrage
Une gouvernance interprétative efficace ne se limite pas aux types Schema. Elle encadre aussi la synthèse. Distinguer observation, analyse et perspective est l’un des moyens les plus simples de limiter l’inférence et d’empêcher qu’une cohérence produite remplace une preuve.
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