Cet article clarifie une confusion stratégique.

Dans le discours courant autour de l’IA, beaucoup de réponses aux dérives interprétatives se présentent comme des **solutions technologiques** : réglages de modèles, fine-tuning, révisions d’algorithmes, systèmes de filtrage, métriques d’évaluation, tests automatisés, prompts sophistiqués, etc.

Or ces approches **ne suffisent pas à rendre une réponse opposable** dans les contextes réels où les enjeux sont économiques, juridiques ou sociaux.

Les solutions techniques améliorent la forme, pas la légitimité

Une solution technique peut :

  • réduire la fréquence d’erreurs visibles
  • améliorer la fluidité d’une réponse
  • optimiser des scores internes
  • appliquer des garde-fous superficiels

Ces améliorations sont utiles. Elles **n’adressent pas** la question centrale : **quand une réponse doit être défendue devant un décideur, un client, un régulateur, un tribunal, ou même une équipe interne**.

Ce que recherchent ces parties prenantes n’est pas seulement une bonne forme ou une meilleure probabilité. C’est une **chaîne de justification reconstruisible**.

Ce que les solutions techniques ne peuvent pas garantir

Une solution technologique ne peut, par elle-même :

  • définir un périmètre clair d’autorisation
  • ordonner les sources en fonction d’une autorité explicite
  • traiter des contradictions entre sources avec une règle gouvernée
  • assurer une non-réponse légitime lorsque les conditions de justification sont insuffisantes
  • assumer humainement la responsabilité d’une sortie-actionnable

Ces éléments ne sont pas des **techniques** : ce sont des **contraintes structurelles** de gouvernance.

La différence fondamentale

Les solutions techniques agissent sur la *qualité perçue* d’une réponse.
La gouvernance interprétative agit sur la **légitimité défendable** d’une réponse.

La qualité perçue peut masquer un vide justificatif ; la légitimité défendable organise explicitement ce vide pour qu’il n’engendre pas de passif.

Pourquoi la problématique est structurelle

Les dérives interprétatives ne naissent pas seulement d’algorithmes imparfaits, mais de **conflits d’autorité** :

  • sources multiples et hétérogènes
  • indétermination non signalée
  • zones sans information explicite
  • attentes d’autorité qui excèdent le périmètre déclaré

Ce sont des **configurations de sens**, pas des bugs techniques qu’on corrige par tuning.

Là où la technologie aide — et là où elle s’arrête

La technologie peut:

  • faciliter la traçabilité (logs, métadonnées)
  • supporter l’affichage des sources
  • aider à détecter des contradictions

Elle **ne peut pas**:

  • énoncer une hiérarchie de sources pertinente sans cadre humain
  • assumer une non-réponse légitime en lieu et place d’un décideur
  • créer des limites de périmètre gouvernées
  • justifier juridiquement une réponse sans règles explicites

En d’autres termes : la technologie peut *outiller* la gouvernance, mais **elle ne peut pas la remplacer**.

Ce que cela signifie pour les organisations

La recherche d’une solution technologique ultime est une impasse **parce qu’elle confond amélioration perceptuelle et légitimité défendable**.

Une organisation qui veut réduire réellement son exposition ne doit pas chercher un *meilleur modèle*, mais une **architecture de gouvernance interprétative**.

Cette architecture doit inclure :

  • déclarations de périmètre explicites
  • hiérarchie des sources
  • règles de traitement des contradictions
  • gestion des zones sans information
  • mécanismes de non-réponse légitime
  • chaîne de responsabilité humaine assumée

Liens canoniques (maillage interne)

Ancrage

Les dérives interprétatives ne sont pas des bugs à corriger par une meilleure technologie. Elles sont le produit d’un manque de **gouvernance structurée**. Tant que l’on cherchera des solutions purement techniques, on traitera des **symptômes**. La gouvernance interprétative, elle, traite la **cause structurelle**.